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L’affaire de l’emballage du ciment : Le gouvernement pointé du doigt

Un arrêté conjoint daté du 5 août, entre le ministre de l’Industrie et des Petites et Moyennes entreprises et le ministre du Commerce d’autoriser l’utilisation des sacs en polypropylène dans l’emballage du ciment, a paru récemment au Journal Officiel de la République Tunisienne.

 Cette décision qui fait fi de la stratégie nationale de lutte contre la pollution visant à mettre fin à l’utilisation des sacs en plastique en Tunisie ne cesse de faire couler d’encre sur les réseaux sociaux.

En dépit des règlements et lois visant la protection de l’environnement, et en vertu d’un arrêté signé conjointement entre les deux ministères et approuvé par l’ancien chef du gouvernement Elyes Falhfakh l’utilisation des sacs plastiques en complément des sacs en papier dans l’emballage du ciment est désormais autorisée.

Le ministre de l’Industrie et des moyennes entreprises Salah Ben Youssef a expliqué que cette décision vise à augmenter la concurrence avec les sacs en kraft en vue de baisser leur prix dans le marché. Il a également souligné la facilité de recyclage des sacs en polypropylène en comparaison à celles en papier.

Pourtant, cette décision vient de modifier les dispositions d’un arrêté daté de 2017 qui impose l’utilisation du papier dans l’emballage du ciment.  

Un pas en arrière

Cette décision surprenante qui va à l’encontre de la stratégie environnementale de la Tunisie qui a pour objectif de lutter contre la pollution et surtout le plastique, a suscité la détresse des activistes de la société civile en matière de préservation de l’environnement.

Plusieurs députés ont aussi affirmé qu’une telle décision prise juste avant le départ du gouvernement ouvre la voie aux soupçons de sa corruption.

L’association observatrice « Raqaba » a dénoncé cette affaire « louche » et douteuse, selon elle, et a pointé du doigt les lobbies mafieux de production et de commercialisation du plastique pour corruption et implication.

De sa part, le député Yassine Ayari, a mis l’accent sur les soupçons de corruption et a évoqué, dans le même contexte, un marché de 500 millions de dinars annuellement en indiquant qu’il y a certainement des bénéficiaires derrière cette affaire. Il a déclaré que le ministère des Affaires locales et de l’environnement n’a même pas été consulté  ou averti avant cette décision. Il a également annoncé dans une publication sur compte officiel sur Facebook qu’il va poursuivre le gouvernement en justice.

De l’autre part, Ben Youssef a réfuté tout soupçon de corruption et a complètement nié le fait qu’il soit actionnaire dans n’importe quelle entreprise qui fabrique ces sacs.

 Une politique environnementale à revoir

Le ministre a évoqué la perte des entreprises spécialisées en ciment, les salaires des employés et les prix élevés du kraft comme raisons principaux de cette décision. 
Nidhal Attia, le coordinateur du Programme Écologie & Gouvernance des Ressources Naturelles à Heinrich-Boll Tunisia, a affirmé lors de la rubrique Green Analytics à Shems FM qu’il ne voit pas comment cette décision encouragera la concurrence ou servira à baisser les prix du kraft. 
« C’est une décision basée sur des interprétations et non pas des études consistants et fiables. C’est très contradictoire, même. » affirma t-il.
Il a aussi déclaré que plusieurs associations sont en train d’étudier la possibilité de poursuivre le gouvernement en justice, puisque c’est le rôle de la société civile et surtout les associations environnementales d’observer et de reporter toute atteinte à la nature et à l’environnement, surtout si on parle d’un abus de pouvoir.

De sa part, M. Philippe Lacoste, le directeur exécutif de Sotipapier, la Société Tunisienne Industrielle du Papier et du Carton, a exprimé sa détresse de cette décision et a diligenté une affaire pour excès de pouvoir en tribunal administratif afin de casser cet arrêté.

La Tunisie étouffe déjà sous un fléau du plastique

 Durant les dernières décennies, les points noirs et les déchets de plastique ne cessent de proliférer en Tunisie. Les paysages naturels ont été défigurés avec plus de 2,8 millions de tonnes de déchets solides dont 9,4% sont des déchets plastiques.

Pourquoi et comment diminuer notre consommation de plastique?

Cette décision abroge l’arrêté gouvernemental du 16 janvier 2020 qui réglemente les types de sacs en plastique  et qui entrerait en vigueur à l’horizon 2021 pour l’interdiction définitive de la production, la fourniture et la distribution sur le marché tunisien.

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